jeudi 11 août 2011

La gueule dans le sable

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Lors de mes dernières vacances en Baie de Somme, je suis passé sur une brocante où comme souvent mon attention a vite été détournée des étalages de vieux bibelots pour se reporter sur les échoppes de saucissons. A un moment pourtant, j'ai été irrésistiblement attiré par un carnet qui traînait à côté d'une pile de disques de variété française. Parmi les divers textes étranges qu'il comporte, je vous en retranscris un ci-dessous. Aucune signature ou autre indication ne permet d'avoir plus d'informations sur l'origine de ces feuillets.
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« La gueule dans le sable

Je pédale et mes roues s’enfoncent dans le sable. J’essaie de suivre mon père, mais il est projeté en avant par l’excitation de la promenade et la compagnie de ses amis que je ne connais pas. Tout à coup, leurs vélos disparaissent : je ne sais pas s’ils ont déjà été engloutis où s’ils continuent à filer loin devant. Moi, je n’ose plus lever les yeux qui me révèleront une fois de plus ces étendues trop nues, trop lumineuses. Par endroits, des flaques d’eaux frémissantes rappellent la marée haute d’une mer que je sens se rapprocher peu à peu. Les dunes à ma droite grandissent en même temps que mon désarroi. Je panique et tombe. Le sable que j’avale contribue à mon réveil. D’abord, je ne bouge pas, puis en entendant le bruit d’une sonnette, je me lève. Quelqu’un a fait demi-tour et je finis par rejoindre le groupe. Je suis sauvé.

Le soir, dans un fauteuil de l’hôtel, je m’endors tout en jouant à faire passer mes mains entre les coussins qui me portent. Miettes de pain, longs cheveux, je ne suis pas dégoûté, j’ai huit ans. J’attrape alors une feuille portant un texte que je m’empresse de lire :

« Cette fameuse réserve, une fois abandonnée, n’était plus habitée que par les nuages. L’immensité des dunes criait une nudité sauvage, sans morale. Plus d’oiseaux. Plus de buissons ondulant mollement sous le vent. Jamais d’hommes. Un jour, une femme que je ne vis jamais que de dos parvint dans cette contrée de sable. Arrivée dans un cercle d’immenses cages seulement décorées de perchoirs désertés, elle s’assit, attendit et s’ennuya. Rayons de lune, murmure océan, le temps passa et bientôt la femme tomba la face contre terre.

Comment achever ce récit ? Nos prières n’ont servi à rien. »

Je ne comprends pas le sens de cette histoire et pourtant, je pressens qu’elle est proche de ma mésaventure de l’après-midi. Je vais gratter à la table des adultes, mais la torsion de leurs cous et l’agitation de leurs bras m’empêchent de capter leur attention. Tant pis, je retourne à mon fauteuil. J’ai encore quelques grains de sable à enlever d’entre mes dents. Soudain, je suis aveuglé, puis plus rien.

Là d’où je vous écris, je peux vous dire que leurs prières n’ont servi à rien. »

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