vendredi 30 avril 2010

Peace and Love

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C'est grâce à la boutique Honest Jon's que je viens de découvrir ce qui est peut-être un des plus beaux albums de musique jamaïcaine : l'album Peace and Love de Dadawah (alias Ras Michael), tout juste réédité. Ses quatre longues plages hypnotiques regorgent d'effets de studio, contribuant à en faire des morceaux mutants, à la limite du psychédélisme. Ce type d'expérimentations se retrouve sur pas mal d'albums dub, mais ici, il y a ce chant extraordinaire, comme flottant et surgi de nulle part. Surtout, il véhicule une spiritualité intense qui fait que peu de musiques peuvent comme cet album mériter le qualificatif de mystique. Pas étonnant lorsque l'on sait que Ras Michael était lié à l'ordre Nyabinghi, du mouvement Rasta. Le premier morceau, le second, le troisième et le quatrième.
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jeudi 29 avril 2010

Le jazz que je préfère

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Encore une liste ! Monsieur Charles Tatum du sympathique blog Le vieux monde qui n'en finit pas a eu la très bonne idée de demander à plusieurs de ses connaissances leurs 25 albums de jazz préférés, pour une série intitulée "Le jazz que je préfère". Depuis quelques semaines, de délicieuses listes sont ainsi postées régulièrement sur son blog. On y trouve aussi bien le jazz le plus œcuménique que des tendances plus avant-gardistes, la consigne étant d'inclure le jazz "au sens large". Ma liste est publiée ce jour. Merci à Charles Tatum et n'hésitez pas à fouiller les autres listes !
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mercredi 28 avril 2010

Les phares

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Comme je l'avais fait pour les disques, voici une liste des livres - tous genres confondus - qui m'ont le plus marqué. Je la livre en vrac, sans classement chronologique ou préférentiel. J'en oublie certainement plusieurs. Je les ajouterai à l'occasion. Merci à eux tous.
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Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement.
W.G. Sebald, Les anneaux de Saturne.
Jean Hatzfeld, Une saison de machettes.
Gustave Flaubert, Madame Bovary.
Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma.
Miguel de Cervantes, L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche.
Joao Guimaraes Rosa, Diadorim.
Robert Antelme, L’espèce humaine.
Philip Roth, Pastorale américaine.
Jean Rolin, Terminal Frigo.
Milan Kundera, Le rideau.
Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan.
Yannis Kiourtsakis, Le Dicolon.
Witold Gombrowicz, Cosmos.
Laurence Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme.
Samuel Beckett, Molloy.
Andréï Biely, Pétersbourg.
Thomas Bernhard, Extinction.
Michel Bernanos, La montagne morte de la vie.
René Daumal, Le mont analogue.
Herman Melville, Moby Dick.
Roberto Bolano, Les détectives sauvages.
Vassili Golovianov, Eloge des voyages insensés.
James Joyce, Ulysse.
Curzio Malaparte, Kaputt.
Nikos Kavvadias, Le quart.
Willima Gass, Le tunnel.
Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquilité.
Nicolas Bouvier, L'usage du monde.
Dominic Cooper, Le cœur de l’hiver.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.
Luc Dietrich, Le bonheur des tristes.
Flann O’Brien, Le troisième policier.
Guillaume Apollinaire, Calligrammes.
Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas.
Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs.
Shakespeare, Hamlet.
Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude.
Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles.
André Hardellet, Le seuil du jardin.
Stanislaw Ignacy Witkiewicz, L’inassouvissement.
Carlo Ginzburg, Le fromage et les vers. L'univers d'un meunier du XVIe siècle
Emmanuel Bove, Mes amis.
R.L. Stevenson, L'île au trésor.
Victor Hugo, Les travailleurs de la mer.
Jean Joubert, Les enfants de Noé.
Branimir Scepanovic, La bouche pleine de terre.
Claude Simon, L'acacia.
Alexandre Dumas, Les trois mousquetaires.
François Rabelais, Gargantua.
C.F. Ramuz, La grande peur dans la montagne.
Léon Tolstoï, La guerre et la paix.
Laszlo Krasznahorkai, La mélancolie de la résistance.
William Faulkner, Absalon, Absalon !
Yukio Mishima, Le marin rejeté par la mer.
Nathaniel Hawthorne, La lettre écarlate.
Patrick Declerck, Les naufragés.
Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan.
Georges Simenon, La neige était sale.
John Berger, Le métier idéal.
Eugenio Corti, Le cheval rouge.
Anatole France, Les dieux ont soif.
Joseph Conrad, Jeunesse.
Stendhal, Le rouge et le noir.
Ivo Andric, La chronique de Travnik.
Jean de La Ville de Mirmont, Les dimanches de Jean Dezert.
Hermann Broch, Le tentateur.
Anthologie bilingue de la poésie anglaise.
Joseph Roth, La marche de Radetzky.
Jean-Yves Jouannais, Artistes sans œuvres.
Thomas Glavinic, Le travail de la nuit.
Jean-Pierre Martinet, Jérôme.
Pierre Clastres, Chronique des indiens Guayaki.
Daniel Goossens, Les Georges et Louis
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lundi 26 avril 2010

Quand l'anthropologue arrive, les dieux s'en vont

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C'est par hasard et à quelques jours d'intervalle que j'ai découvert deux travaux s'intéressant à la pratique du vaudou. Dans le dernier numéro de XXI, de très belles photographies de Gaël Turine documentent un pélerinage vaudou à Haïti en 2005. De très beaux N/B légèrement vaporeux nous font découvrir des moments de possession et d'allégresse dans des cadrages serrés, au plus près du sujet. On peut admirer quelques clichés de ce reportage ici.
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Maya Deren est une figure clé du cinéma expérimental américain, puisque dès les années 1940, elle commence à créer des films d'inspiration surréaliste. Son intérêt pour la danse, et surtout pour la recherche d'une manière cinématographique adéquate de filmer celle-ci, constitue peut-être son apport majeur dans le domaine (voir par exemple A Study in Choreography for Camera en 1945, par exemple ici). C'est notamment cet attrait pour la danse qui l'amène a séjourner à Haïti en 1947, 1949 et 1954. Là, elle va tourner des heures et des heures de cérémonies vaudou, dont l'intérêt n'est pas seulement ethnologique, mais aussi esthétique tant son obssession pour le mouvement et les aspects chorégraphiques de ses sujets d'observation l'ont marquée. Tellement imprégnée par le vaudou, la légende raconte qu'elle a été choisie comme prêtresse par ses 'danseurs' haïtiens.
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Maya Deren n'achèvera pas le film de son vivant. On peut cependant mesurer l'étendue de son travail d'étude du culte vaudou en lisant son ouvrage Divine Horsemen : The Living Gods of Haiti (1953). C'est également le titre d'un film que Teiji Ito, son dernier mari, a choisi de monter bien des années après la mort de Deren. S'il est difficile de déterminer dans quelle mesure ce film correspond au projet de Maya Deren, nul doute que la puissance d'évocation des images brutes (sans tenir compte du montage) force l'admiration et donne une idée de son intention initiale : documentaire certes, mais aussi picturale, chorégraphique et surtout poétique. Le film a été réédité par les excellentes éditions re:voir.
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jeudi 22 avril 2010

Epiphonie #5

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Notre soirée du 24 avril à la chapelle Saint-Roch en Volière en collaboration avec la Médiathèque de la Communauté française à l'occasion de la sortie de la Sélec 10 approche à grands pas... Ici aussi, l'éruption volcanique a des conséquences puisque John Butcher est toujours coincé aux Etats-Unis où il jouait dernièrement au Texas. Partie remise pour le saxophoniste donc...
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Qu'à cela ne tienne, Tomoko Sauvage (dont on parlait déjà ici) sera bel et bien là pour nous enchanter à l'aide de ses bols et de ses hydrophones. De plus, l'ASBL Epiphonie n'est pas sans ressources puisqu'elle a réussi à inviter, au dernier moment, un duo de deux des plus grands musiciens de la free music européenne, par ailleurs partenaires réguliers de John Butcher : le percussionniste Paul Lytton et le tromboniste Paul Hubweber !
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Paul Lytton est né à Londres en 1947. Il a commencé sa carrière discographique sur An Electric Storm, le premier album de White Noise, groupe culte de psyché pop électronique. Très vite, il s'est rendu essentiel au sein de nombreuses formations mythiques de l'improvisation : en duo avec Evan Parker dès 1971, en trio avec ce dernier et Barry Guy, dans le London Jazz Composers Orchestra et le Globe Unity Orchestra, avec Ken Vandermark, Nate Wooley, Axel Dörner... Modèle de concentration et d'inventivité, il est aussi bien capable de susciter la pulsation musicale que de répondre avec brio aux impulsions de ses partenaires. Sa volonté de renouvellement l'a vu utiliser des systèmes électroniques inédits ou inventer des instruments tel que le bien nommé Lyttophone !
Des vidéos ici, et .
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Avec Paul Hubweber, "le trombone devient une voix" (Massimo Ricci). Il est un des rares musiciens à avoir démontré les propriétés sonores et expressives exceptionnelles du trombone, un instrument à vent trop souvent relégué au second plan. Depuis les années 1970, il sillonne les routes en multipliant les collaborations, notamment aux côtés de danseuses ou d'électroniciens. Il fait également partie, avec John Edwards et Paul Lovens, d'un des trios les plus fascinants de la free music : Papajo. Comme peu d'autres, il manipule la coulisse dans un souci constant de dialogue.
Des vidéos ici et .
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Nul doute que que cette rencontre rare et précieuse, sous le signe de la tension, de l'énergie et de la lumière, devrait initier son lot de moments intenses et magiques. Que les musiciens soient d'ores-et-déjà remerciés d'avoir accepté notre invitation ! (crédit des photos ci-dessus : Rolf Becker et Laurence Svirchev)
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Les portes de la chapelle ouvriront à 20.00. Tomoko Sauvage débutera la soirée vers 20.30. PAF : 7 euros. Pour d'autres infos, voir le site d'Epiphonie. A samedi !
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dimanche 18 avril 2010

Grand Prophète de la Nation


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Merci.
Et pour d'autres découvertes tout aussi réjouissantes, voir le blog Music City.
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samedi 17 avril 2010

Les cendres

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C'est ce soir ! Et même si un nuage de cendres empêche Manuel Mota de nous rejoindre, la soirée s'annonce très prometteuse ! A tantôt.
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vendredi 16 avril 2010

Arise Arise

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Je déprime joyeusement en écoutant le magnifique Under Stellar Stream de Richard Youngs (Jagjaguwar, 2009). Rarement le vocable lumineux aura mieux collé à une musique. Une voix , et quelle voix, qui s'élève (Arise Arise) et prend de l'ampleur : la façon dont le musicien enregistre son chant est immédiatement reconnaissable, écho-souffle-vibration. L'instrumentation minimaliste et délicate donne presque l'impression qu'elle va s'éteindre. On ne peut pas être blasé en entendant ça. Répétition-Transcendance-Amour. I need the light...
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dimanche 11 avril 2010

Ce que savent les Aché

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"Bujamiarangi (un homonyme de celui qui copulait avec le fourmilier) était un Aché incestueux. Un jour, il oublia que cette jolie dare qui partageait sa hutte, c'était sa propre fille, il ne vit plus en elle qu'une femme désirable, et il la posséda. Ces choses se produisent rarement et les gens, tout en commentant sévèrement et en se moquant du coupable, n'estiment pas qu'il leur revient de châtier la faute : on sait bien qu'à leur mort les Bujamiarangi se transforment en chevreuil. Mais il y prit goût et persista à faire meno avec sa fille, au lieu d'en jouir une fois et de n'y plus penser. Son obstination indisposa les Aché et une femme exigea que son mari se chargeât de tuer Bujamiarangi : "Celui qui fait l'amour avec sa propre fille, il manque totalement de vaillance, les Aché ne veulent pas voir cela. Va le flécher !" Et elle ajouta, pour donner à son mari une raison supplémentaire d'accomplir le meurtre : "J'ai envie de manger de la chair d'Aché. Celui qu'il faut flécher, le possesseur de sa propre fille, c'est Bujamiarangi." Le mari tua le père incestueux, et les Aché le mangèrent. Qui fut plus puissant dans l'âme de l'épouse irritée : l'horreur de l'inceste ou le désir de la chair humaine ? Et la première pouvait-elle n'être qu'un alibi pour le second ? Pour décrire l'action de Bujamiarangi, les Aché utilisaient beaucoup moins le terme adéquat de meno - faire l'amour - que son équivalent, mais en bien plus brutal et sauvage dans l'esprit même des Indiens : uu, ou bien tyku - manger. "Bujamiarangi mange sa fille, moi je veux manger Bujamiarangi", voilà en fait ce que disait la femme. Voulait-elle, mais sur un plan inconscient, copuler symboliquement avec le père en le mangeant réellement, de la même manière que lui-même mangeait symboliquement sa fille en copulant réellement avec elle ? Peut-être, en effet, l'ambiguïté sémantique des mots pouvait-elle susciter un besoin de chair fraîche qui déguisait secrètement un désir d'ordre bien différent. Pourquoi les Aché seraient-ils moins que nous sensibles à la charge érotique que le langage laisse parfois éclater ?"
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Pierre Clastres, Chronique des Indiens Guayaki. Ce que savent les Aché, chasseurs nomades du Paraguay (Terre Humaine/Poche, édité pour la première fois en 1972), pp. 263-264.
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Grand livre.
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Quelques textes et interviews de Pierre Clastres, dont certains repris dans l'anthologie La société contre l'état (Editions de Minuit), sont lisibles en ligne, notamment ici. La photographie ci-dessus, montrant un Aché malade recouvert de plumes de vautour en 1963, est issue du fonds Sebag du Laboratoire d'anthropologie sociale. Pour l'info, Lucien Sebag a publié en juin 1964 dans la revue Les Temps modernes une Analyse des rêves d'une Indienne guayaki (ici, un article au sujet de cette étude).
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samedi 3 avril 2010

vendredi 2 avril 2010

Heureux les fêlés

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Manuel Mota
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Neil Davidson
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Nicolas Desmarchelier (par Philo Lenglet)
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Buffle
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Le samedi 17 avril, le Ciné-Club du Laveu, Venice Beach et les Maîtres fous (en collaboration avec le centre de prêt de Liège de la Médiathèque de la Communauté française) s’associent pour une soirée de concerts organisée autour de deux axes. Les trois guitaristes Manuel Mota, Neil Davidson et Nicolas Desmarchelier feront découvrir des facettes méconnues de leur instrument en solo, tandis que le groupe Buffle élaborera ses vignettes pop ethno-psyché-minimalistes propres à la rêverie.

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Derek Bailey l’a salué il y a quelques années comme l’un des musiciens les plus intéressants du moment, tandis que Noël Akchoté l’a défini comme « une présence, une passion, une source de lumière et d’intelligence, une évidence ». Depuis la fin des années 1980, le Portugais Manuel Mota explore les possibilités de la guitare, qu’elle soit acoustique et préparée ou électrique en usant de sons percussifs et cristallins. Collaborateur de la crème de l’avant-garde musicale portugaise (Osso Exótico, Sei Miguel, Rafael Toral ou Alfredo Costa Monteiro), il se dégage de ses prestations une alchimie et une pureté qui donnent la foi.

Des vidéos ici, ou encore (avec Chris Corsano).

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Autre figure incontournable de l’improvisation et de la pratique de la guitare, Neil Davidson est originaire de Glasgow où il participe régulièrement aux séances collectives du big band d’improvisation Glasgow Improvisers Orchestra. Il enseigne à l’Université de Glasgow où il écrit une thèse sur l’improvisation. Son jeu racé, tantôt nerveux, tantôt contemplatif, devrait séduire les curieux de l’au-delà de la six cordes.

Son myspace et deux morceaux sur Compost and Height.

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Nicolas Desmarchelier vit en Bretagne où il a développé un partenariat avec la danseuse Yukiko Nakamura, notamment au sein de l’association So. Son activité graphique, intuitive et proche de la calligraphie, prend tout son sens lors de performances sur scène, en compagnie de danseurs et/ou de musiciens. Sa pratique de la guitare classique lui permet « à la manière d’un peintre ou d’un sculpteur, (…) d'être avec la matière sonore dans un rapport manuel et concret. Il aspire à un jeu dépouillé où le corps tout entier accompagne le son». Il a collaboré notamment avec Michel Doneda, Olivier Toulemonde, Lionel Marchetti…

Plus d'infos ici et .

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L’attrait des Bruxellois de Buffle pour un certain primitivisme se manifeste dans leur musique lumineuse par le recours à des instruments non conventionnels, des rythmiques bancales et des mélodies entêtantes. Le groupe a sorti divers CDR, K7 et 7’’ sur divers labels européens. Des Gnawas armés de Casios, de la pop pour eskimos, du Velvet Underground des steppes, … Les qualificatifs, bien que nombreux, peinent à catégoriser une musique propice à l’échappée belle.

Le myspace, une interview sur Foxy Digitalis, des vidéos ici et .
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Ouverture des portes à 20.00. Début des concerts à 20.30. 5 euros !

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