vendredi 13 mars 2009

Monstres

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La photographe Diane Arbus est un des personnages principaux du récit Histoires avec monstres que l’on peut lire dans le dernier ouvrage de Rodrigo Fresan La vitesse des choses (Passage du Nord Ouest). Ce livre est une collection de récits qui s’interpénètrent pour former une réflexion ludique et mélancolique sur la création, la mort ou encore les frontières entre fiction et réalité. Comme dans les précédemment parus Mantra (Passage du Nord Ouest également) et Les jardins de Kensington (Seuil), Fresan aime convoquer ses figures tutélaires, souvent issues de la culture populaire (la pop sixties, la science-fiction…), pour illustrer son propos.
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Le choix de Diane Arbus n’est pas innocent. Cette photographe américaine (1923-1971) s’est notamment distinguée par son intérêt pour les personnes en marge, croisées en rue ou ailleurs. Ses photographies de freaks continuent à marquer les esprits par leur crudité et leur violence latente. L’apparente absence de jugement et la liberté de composition prise par la photographe par rapport à ses modèles troublent le spectateur et confèrent à ses créations une force implacable.
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Le thème du monstre correspond bien à la littérature de Rodrigo Fresan. Au premier degré, les personnages principaux sont toujours des marginaux, que ce soient des rockers qui ne veulent pas vieillir, des catcheurs mexicains ou des figurants de films de science-fiction (le narrateur de la nouvelle Histoires avec monstres est un acteur qui du mal de sortir de son rôle de figurant d’un des singes de la scène introductive de 2001 de Stanley Kubrick). Au niveau formel, on retrouve également cette correspondance, puisque l’auteur fait imploser ces propres récits pour en faire des textes mutants difficiles à catégoriser : confessions autobiographiques mensongères, affabulations inspirées du réel ou intrusions dans l’imaginaire pur. Le jeu avec la temporalité, très important, induit non seulement une fragmentation de la narration, mais aussi des développements thématiques saccadés (au sein d’un même livre et dans toute l’œuvre de l’auteur). Ces aspects sont loin d’être des obstacles car l’écrivain utilise un langage limpide, sans fioritures et effets de style, plus proche de la littérature populaire qui l’a inspiré. Nul doute que les monstres de Rodrigo Fresan, comme ceux de Diane Arbus, n’ont pas fini de fasciner… Un roman intitulé Vie des saints devrait bientôt sortir aux Editions du Passage du Nord Ouest.
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