mercredi 30 décembre 2009

Au revoir et merci !

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Quelques disques :

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- Sacred Flute Music from New Guinea (Rounder).

- Rhodri Davies, Michel Doneda, Louisa Martin, Phil Minton et Lee Patterson, Midhopestones (another timbre).

- Luc Ferrari, L'oeuvre électronique (INA).

- Peter Evans, Nature/Culture (PSI).
- Christof Kurzmann et Burkhard Stangl, Neuschnee (Ertswhile).
- Yannick Dauby et Wan-Shuen Tsai, Village, vestiges (Shejingren).
- Dinu Lipatti, Le dernier récital. Besançon, 19 septembre 1950 (EMI CLassics).
- Mostly Other People do the Killing, This is our Moosic (Hot Cup).
- Dave Philips, Field Recording (Little Enjoyer).
- Group Doueh, Treeg Salaam (Sublime Frequencies).
- John Butcher, Resonant Spaces (Confront).
- Emeralds, What happened (No Fun).
- Oneohtrix Point Never, Rifts (No Fun).
- Bill Orcutt, A New Way to pay Od Debts (Palilalia).
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Quelques concerts :
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- Jason Lescalleet et Greg Kelley (Fresnes-en-Woëvre, Festival Densités).
- Birgit Ulher et Heddy Boubaker (Fresnes-en-Woëvre, Festival Densités).
- Fred van Hove, Paul Rogers et Wilbert de Joode (Groningen, Eglise de Fransum, Zomer Jazz Fiets Tour).
- Omar Souleyman (Hasselt, Cultuur Centrum België).
- Chris Corsano et Mick Flower (Anvers, Scheld'Apen).
- Sonic Youth (New York, United Palace Theatre).
- James Ferraro (Liège, Carlo Lévi).
- Cecil Taylor et Tony Oxley (Anvers, De Singel, Follow the Sound Festival).
- Neokarma Jooklo Trio (Liège, Chapelle Saint-Roch en Volière).
- Joe Morris, Louis Belogenis et Rashid Bakr (New York, Lower East Side, Local 269).
- Gustav Leonhardt + Wieland Kuijken (Beaufays, Eglise Saint-Jean l'Evangéliste).
- The Ex (Cologne, Nozart Festival).
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Quelques livres :
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- Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne (1936).
- Jean Rolin, Un chien mort après lui (2009).
- Daniel Sada, L'odyssée barbare (Porque parece mentira la verdad nunca se sabe, 1999).
- Anatole France, Les dieux ont soif (1912).
- Joseph Roth, La marche de Radetzky (Radetzkymarsch, 1932).
- Jean-Yves Jouannais, Artistes sans oeuvres (1997).
- Jean-Pierre Martinet, Jérôme (1978).
- Tolstoï, La mort d'Ivan Illitch (Smert' Ivana Ilyicha', 1886).
- Thomas Glavinic, Le travail de la nuit (Die Arbeit der Nacht, 2006).
- Willem Frederik Hermans, Ne plus jamais dormir (Nooit meer slapen, 1966).
- Ombre de la mémoire. Anthologie de la poésie hispano-américaine (2009).
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Quelques films :
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- Miguel Gomes, Ce cher mois d'août (Aquele querido mês de agosto, 2008).
- Raymond Depardon, La vie moderne (2008).
- Johan van der Keuken, Vacances prolongées (De Grote Vakantie, 2000) et Les vacances du cinéaste (Vakantie van de Filmer, 1974).
- John Ford, Qu'elle était verte ma vallée (How Green was my Valley, 1941).
- Michael Mann, Ennemis publics (Public Enemies, 2009).
- Alain Guiraudie, Pas de repos pour les braves (2003).
- Robert Bresson, Procès de Jeanne d'Arc (1962).
- Maurice Pialat, Sous le soleil de Satan (1987).
- Isidore Isou, Traité de bave et d'éternité (1951).
- Nicolas Philibert, Le pays des sourds (1992).
- Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, Sicilia ! (1998).
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lundi 28 décembre 2009

Un autre timbre

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Depuis quelque temps, je suis particulièrement attentif aux sorties du label anglais another timbre. En matière d'improvisation, ce dernier est un des plus riches et des plus inventifs de ces dernières années. Le premier numéro du catalogue, Tempestuous. The contest of pleasures de John Butcher, Xavier Charles et Axel Dörner, augurait en 2006 d'un parcours passionnant. Depuis, les publications associent pionniers européens de l'improvisation libre (Evan Parker, Phil Minton...) et plus jeunes têtes chercheuses (Ingar Zach, Angharad et Rhodri Davies, Lee Patterson...).
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Le nom du label correspond à merveille aux sonorités développées par les musiciens. Sans pour autant parler d'unité stylistique, on remarquera une prédilection pour des ambiances orageuses (on avait évoqué le magnifique Midhopestones ici) et pour des instruments hétérodoxes souvent difficiles à identifier à l'écoute seule (les sculptures sonores de Max Eastley, les objets amplifiés de Lee Patterson, l'accordéon d'Alfredo Costa Monteiro...). Ces caractéristiques font de ces disques de pures merveilles pour qui veut s'immerger dans un monde étrange, parfois déstabilisant. Les échanges entre musiciens s'y font sous des modes inhabituels, les textures y sont granuleuses et les masses sonores tantôt grondantes et fuyantes, tantôt déferlantes et assourdissantes.
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Le label organise un excellent festival dont la prochaine édition aura lieu les 21 et 22 janvier à Londres au Cafe Oto. Le harpiste Rhodri Davies donnera un concert le 19 janvier au QO-2 à Bruxelles. Le même lieu accueillera en résidence la violoniste Angharad Davies du 11 au 20 février. Cette dernière jouera dans notre salon le vendredi 12 février en compagnie du joueur d'épinette Christoph Schiller (plus d'infos bientôt !).
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Quelques disques hautement recommandables :
- Tempestuous. The Contest of Pleasures, John Butcher (saxophone), Xavier Charles (clarinette) et Axel Dörner (trompette).
- Centre of Mass, Alfredo Costa Monteiro (cymbale et objets résonnants).
- Dark Architecture, Max Eastley (arc et sculptures sonores) et Rhodri Davies (harpe électrique).
- Decentred, Tom Chant (saxophone et clarinette basse), Angharad Davies (violon), Benedict Drew (électroniques) et John Edwards (contrebasse).
- Midhopestones, Rhodri Davies (harpe et électronique), Michel Doneda (saxophone soprano), Louisa Martin (laptop), Phil Minton (voix) et Lee Patterson (objet amplifiés).
- Empty Matter, Lucio Capece (saxophone soprano et clarinette basse) et Lee Patterson (objets amplifiés).
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Les planches ci-dessus sont issues d'un Catalogue d'instruments de musique quadrilingue de la première moitié du XXe siècle publié sur le site de Jean-Luc Matte.
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vendredi 25 décembre 2009

Des millions d'épicéas morts dans les salons


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Je préfère regarder ce clip plutôt que reprendre un morceau de bûche.
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dimanche 20 décembre 2009

Voir et pouvoir

Image issue du film russe de Dziga Vertov L'homme à la caméra (Человек с киноаппаратом, 1928-29)
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Mon intérêt pour l'histoire du cinéma documentaire s'est encore accru ces derniers temps grâce au très intéressant fascicule consacré au sujet par Patrick Leboutte Ces films qui nous regardent. Une approche du cinéma documentaire (publié en 2002 par la Médiathèque de la Communauté française). Outre la présentation de plusieurs films marquants (L'homme d'Aran de Robert Flaherty (1934), Déjà s'envole la fleur maigre de Paul Meyer (1960) ou Babel de Boris Lehman (1991)), on y trouve une filmographie des plus grands classiques du genre (ici, une version condensée de cette liste) qui comprend nombre de mes réalisations favorites.
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Le texte sur L'homme d'Aran, par Jean-Louis Comolli, m'a donné l'impulsion de me plonger dans son imposant recueil d'essais critiques et théoriques Voir et pouvoir. L'innocence perdue : cinéma, télévision, fiction, documentaire (Verdier, 2004). Outre sa carrière dans le cinéma, Comolli a également co-rédigé avec Philippe Carles le splendide essai Free Jazz Black Power (qu'on mentionnait déjà ici). Voir et pouvoir présente les articles dans un ordre chronologique, depuis 1988. Chaque année est introduite par des souvenirs de l'auteur, des ébauches de réflexion qui donnent une cohérence à un ensemble qui est bien plus qu'une accumulation de textes sur des sujets divers.
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Car les convictions de Comolli sont fortes et passionnées. Ses interrogations sur la frontière entre fiction et documentaire, sur le choix et la signification de tel ou tel autre type de mise en scène, sur l'implication du spectateur dans le processus de création cinématographique et sur la nature, forcément politique, de toute entreprise filmique sont creusées au fil de textes enthousiasmants. Entre des analyses pointues de l'émission Bas les masques ou de L'homme à la caméra de Dziga Vertov, l'auteur questionne les tenants et aboutissants d'un médium aux rapports ambigus avec la société spectaculaire qui l'a engendré. Les propositions stimulantes parsèment les pages de cet ouvrage de plus de 700 pages. Ci-dessous, un extrait d'un texte intitulé Si on parlait de mise en scène ? (17 août 1992) :
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"1. Une question : à quoi sert la mise en scène ?
Un postulat : aujourd'hui, la mise en scène ramène du réel dans ses filets.
Une réponse : la mise en scène sert à poser la question du spectateur à un système de représentation médiatique (télévision, news, pubs...) qui non seulement ne la pose pas, a peur de la poser, mais encore fait tout pour la refouler.
La mise en scène, c'est la question de la place du spectateur, de la définition du spectateur, de la supposition d'un spectateur comme sujet à part entière, être désirant, être pensant, être social. Non pas qui regarde quoi (consommation, spectacle) mais qui regarde qui - accrochage et prise à l'autre plus ou moins assurés, distance à l'autre et à soi plus ou moins grande, reconnaissance, peur, changement...
Bref, mettre en scène, c'est considérer le spectateur comme susceptible de se transformer, désireux et capable de changer de place. Comme un être disposant d'un devenir. Qui s'intéresse à sa relation aux autres. La mise en scène est l'art de la mise en relation.
C'est précisément cela que la pratique la plus habituelle de la télévision interdit. Les places sont assignées. Comme dans un jeu télévisé. Comme dans les débats politiques télévisés.
On ne change pas de place = on ne change pas. La télévision telle qu'elle est faite par les programmateurs est une machine à conserver. Que rien ne bouge. Conserver des spectateurs... conserver les spectateurs - qu'ils ne changent pas, ni de chaîne ni de vie. Les formes dominantes à la télévision aujourd'hui jouent le surplace. Elles fabriquent de l'immuable. On ne parle plus de la mort : on la répète tous les soirs. (...) "
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Les éditions Verdier viennent d'éditer une autre collection de textes de Jean-Louis Comolli : Cinéma contre spectacle. Merci à Globe Glauber pour Ces films qui nous regardent !
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vendredi 18 décembre 2009

Flûtes sacrées

1994, Middle Sepik River, Papua New Guinea - Papua New Guinean Sacred Flute Players - (Image by © Chris Rainier/CORBIS)
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Récemment, j'ai visionné le portrait du musicien, théoricien de la musique et critique David Toop I never promise you a rose garden (un film présenté plus en détails ici et réalisé dans le cadre de la série de l'Observatoire des Musiques Electroniques par Guy-Marc Hinant de Sub Rosa et Dominique Lohlé). Les discussions amorcées autour de l'écoute de certains des disques de l'immense collection de Toop semblent le plus souvent en revenir à ce questionnement crucial : qu'est-ce qui est de la musique ? Le fait d'être captés (ou simplement écoutés in situ) confère-t-il à des sons divers (cérémonies, chants d'animaux, phénomènes climatiques...) un statut semblable à des oeuvres musicales, qu'elles soient improvisées ou écrites ? Ces propos sont illustrés par des enregistrements fascinants, dont on s'est empressé de prendre note (de la musique de cour coréenne, des oiseaux du Venezuela, du John Cage, les grenouilles de Felix Hess...).
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Parmi ces disques, les deux volumes de Sacred Flute Music from New Guinea (publiés initialement sur Quartz, le label de David Toop, en 1977 et réédités en 1999 par Rounder) balaient toute hésitation. Il s'agit probablement de la musique la plus 'essentielle' que j'ai pu entendre ces derniers temps. D'après les notes du livret, les flûtes, toujours par paires (une mâle et une femelle), sont jouées uniquement lors de certaines cérémonies bien précises (initiations, mariages...). Seuls les hommes ont le droit d'en user et même de les voir ou de les conserver. Leur interprétation est accompagnée de percussions sur des tambours à fentes, des garamuts décorés, et parfois de chants. Les sons de flûtes correspondent aux voix des esprits qui communiquent leurs pouvoirs aux humains. Le rôle et le statut des musiciens, par la médiation qu'ils apportent, sont donc très importants. D'ailleurs, l'apprentissage de l'instrument nécessite de nombreuses années.
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En dehors de ces considérations, leur musique est d'une beauté à couper le souffle. L'alternance entre divers interprètes (un souffle tandis que le suivant inspire et ainsi de suite) induit des structures cycliques qui évoquent par moments les musiques minimalistes occidentales les plus hypnotisantes. Langoureuses, s'épanouissant dans la durée, ces plages évoquent un monde étrange et (presque) éteint où la magie joue un rôle capital. Une musique de début et de fin du monde parfaite pour s'évader, ailleurs que dans les officines de l'exotisme bon marché...
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lundi 14 décembre 2009

vendredi 11 décembre 2009

Archives sauvées des eaux

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Après avoir exploré les diverses facettes de l'oeuvre du compositeur Bernard Parmegiani, j'ai découvert un deuxième coffret consacré par l'INA à un des musiciens français les plus importants des dernières décennies : Luc Ferrari (1929-2005). Collaborateur de Pierre Schaeffer, ce dernier n'a eu de cesse d'élargir les limites de la musique concrète en y intégrant notamment enregistrements de terrain et éléments autobiographiques. L'importance de la narration se fait souvent sentir, comme dans les fameux Presque rien (1967-1989) où Ferrari participe à l'invention du paysage sonore en tant que forme d'art propre.
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A la fin de sa vie, le musicien confronte son talent à celui de géniaux improvisateurs : eRikm et Otomo Yoshihide. Le projet Archives sauvées des eaux (2000) est issu d'un accident. Comme s'en explique Luc Ferrari : "Un jour, en arrivant à mon atelier, je me suis aperçu qu'une inondation était en train de se fabriquer un passage à travers le plafond et les gouttes d'eau tomber sur mes bandes magnétiques représentant des travaux assez anciens. J'ai dû descendre des rayonnages une pile de boîtes. En les ouvrant, les cartons trempés et les bandes mouillées, je les ai éparpillées sur le sol comme pour la fabrication d'un grand puzzle.
Ainsi, l'idée d'actualiser ces archives est née d'une nécessité de les sauvegarder sur CD.
En copiant ces éléments j'ai été pris de désir de transformer ce travail fastidieux en imagination. Et au lieu de copier, je me suis mis à composer."
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La pièce Archives sauvées des eaux sera confrontée aux manipulations de vinyles par Yoshihide et de CDs par eRikm lors de performances dantesques. L'altérité et les torsions énergiques auxquelles sont soumises les masses sonores contribuent à l'élaboration d'une pièce éminemment musicale. Les réminiscences nostalgiques (bruits de vagues, passages de musique classique, voix humaines) y sont malmenées avec une jouissance évidente. Comme le montre l'extrait vidéo ci-dessous, la musique concrète a encore de beaux jours devant elle.
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Un Cd documente une performance en compagnie d'eRikm à Milan en 2004 (sur Angle Records). Le label Callithump a quant à lui édité un concert avec Yoshihide à Tokyo en 2003.
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lundi 7 décembre 2009

Références livresques

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C'est en donnant les références du livre ci-dessus à un ami que je réfléchissais à la disponibilité d'ouvrages en français concernant les musiques expérimentales au sens large, mais aussi le jazz... A ma connaissance et contrairement à ce qui existe pour le domaine anglo-saxon, le bilan est malheureusement pauvre. Voici donc une liste subjective et non-exhaustive (les suggestions sont les bienvenues) de ce qu'on peut actuellement trouver de plus intéressant sur le sujet. Les dates fournies sont celles des premières éditions ou des plus récentes rééditions. A quelques exceptions près, j'ai privilégié des ouvrages décortiquant des genres musicaux plutôt que la biographie d'artistes précis. Cette liste sera complétée au fur et à mesure de mes découvertes et des parutions. Bonne lecture !
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- Derek BAILEY, L'improvisation : sa nature et sa pratique dans la musique. Outre Mesure, 2003.
- Guillaume BELHOMME, Giant Steps. Le mot et le reste, 2009.
- Jean-Pierre BOBILLOT, Poésie sonore. Eléments de typologie historique. Le clou dans le fer, 2009.
- John CAGE, Silence : Discours et écrits. Denoël, 2004.
- Philippe CARLES et Jean-Louis COMOLLI, Free Jazz - Black Power. Gallimard, 2000.
- Daniel CAUX, Le silence, les couleurs du prisme et la mécanique du temps qui passe. Editions de l'éclat, 2009.
- Michel CHION, Le son. Armand Colin, 2004.
- Eric DESHAYES, Au-delà du Rock. La vague planante, électronique et expérimentale allemande des années 70. Le mot et le reste, 2007.
- Evelyne GAYOU, GRM. Le groupe de recherches musicales. Cinquante ans d'histoire. Fayard, 2007.
- Joseph GHOSN, La Monte Young. Une biographie suivie d'une introduction à la musique minimaliste. Le mot et le reste, 2010.
- Olivier LUSSAC, Happening & Fluxus. Polyexpressivité et pratique concrète des arts. L'Harmattan, 2004.
- Gérard NICOLLET, Les chercheurs de sons : Instruments inventés, machines musicales, sculptures et installations sonores. Alternatives, 2004.
- Michale NYMAN, Experimental Music. Allia, 2005.
- Philippe ROBERT, Musiques expérimentales, une anthologie transversale d'enregistrements emblématiques. Le mot et le reste, 2007.
- Peter SHAPIRO, Modulations : Une histoire de la musique électronique. Allia, 2004.
- David TOOP, Ocean of Sound : Musiques ambiantes, mondes imaginaires et autres voix de l'éther. Editions de l'éclat, 2004.
- Jean-Noël van der WEID, La musique du XXe siècle. Hachette, 2005.
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jeudi 3 décembre 2009

Epiphonie # 3

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Ce samedi soir (ouverture des portes à 20.00, début des concerts à 20.30, PAF : 6 euros) a lieu le troisième concert organisé par l'ASBL Epiphonie, toujours à la Chapelle Saint-Roch en Volière. Au programme, l'excellent groupe belge R.O.T. (leur album L'écurie s'est retrouvé dans le classement des meilleurs albums 'Outer Limits' parus en 2006 dans The Wire) et les Italiens de Neokarma Jooklo Trio que l'actualité chargée (plusieurs sorties sur Qbico, collaboration avec Chris Corsano...) n'empêche pas de venir nous présenter leur cocktail jubilatoire d'esoteric-free-psyche-tribal music ! A samedi soir ! Pour plus d'infos, voir ci-dessous (texte rédigé par Flight of the Ruffian) et ICI.

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Neokarma Jooklo Trio :
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A la base du concept Jooklo, deux musiciens italiens, à savoir Virginia Genta et David Vanzan, respectivement au saxophone et à la batterie. Ceux-ci sont également à la tête du label Troglosound, et illustrateurs. Autour de ce duo (Jooklo), se greffent toute une série de projets dont les plus connus sont Golden Jooklo Age et Neokarma Jooklo Experience. Toutes ces formations peuvent varier en forme, en taille (du duo à l’octet), et en composition instrumentale. Leurs concerts s’articulent autour de l’improvisation et de l’expérimentation, pour des sets intenses mélangeant les sons électroniques et ethniques, étoffant les atmosphères, pour plonger le public tantôt dans une ambiance mystique, méditative et spirituelle, tantôt pour le guider durant une transe chamanique ou les rythmes prennent le pas, les sons se créant progressivement, afin de construire une vibration homogène empreinte d’animisme.

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Neokarma Jooklo Trio nous fait l’honneur d’un passage en Belgique dans le cadre de l’Evo Magico. La formation de ce soir (le duo plus Maurizio Abate) sera organisée autour d’un saxophone, d’une vielle à roue et d’une harpe modifiée.
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R.O.T :
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R.O.T. existe depuis plus de dix ans. A l’origine un duo créant une sorte de drone-noise, le groupe a bien vite muté en un collectif à forme ouverte tendant à se stabiliser autour de l’improvisation libre. Le mélange de musiciens et de non musiciens, d’objets sonores identifiés ou non, et l’exploration de lieux étranges et beaux (églises abandonnées, friches industrielles, bâtiments administratifs désertés, parcs publics et sites naturels) sont leur marque de fabrique. Après leurs débuts dans les sphères électriques brutes, le groupe s’est tourné vers une formation électro-acoustique, employant tant des guitares et des synthétiseurs que des instruments à vent, des percussions variées, des objets divers et des gadgets électroniques modifiés.

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Leurs performances live, à chaque fois uniques, ne répondent pas à un schéma bien préétabli, mais à une envie d’improvisation totale où les incidents de parcours et autres impondérables sont considérés comme un membre supplémentaire, aboutissant à de longues transes rituelles qui vous emmèneront bien plus loin que les murs de la chapelle.
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mardi 1 décembre 2009

Ne plus jamais dormir

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"J'avoue me laisser aller à une irrépressible tendance à imaginer le scénario le plus terrible : tout cela aura abouti à que dalle. Combien de blocs énormes ne gisent-ils pas dans la lande drenthaise, peut-être traînés, tirés des années durant par un homme préhistorique, sur cinquante centimètres par jour... Il y a passé des années, jour après jour, dormant la nuit près de sa pierre.
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Pas de chevaux à l'époque. Espérons qu'il savait utiliser les troncs d'arbres en guise de levier. Il est devenu vieux, notre homme préhistorique. Vieillissant bien plus vite que nous. A trente ans, c'était déjà un vieillard, notre bâtiseur de dolmens. Puis il est tombé malade, incapable dès lors de travailler dur. Sa pierre était encore trop éloignée des deux ou trois autres pour que nous en arrivions à penser, nous ses descendants :
- Regarde ! Un dolmen !
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Rien n'est là pour témoigner qu'un homme a consacré sa vie à traîner cette pierre - qui n'est rien à nos yeux qu'une pierre quelconque. Elle est identique à celle qu'on découvre, après tout, ça et là, sur la lande... Pas un seul préhistorien pour y prêter la moindre attention. Et d'ailleurs... n'y a-t-il pas de quoi éclater en sanglots ? Puisque pour ce qui est des autres pierres, les dolmens, on ignore jusq'aux noms des hommes qui les ont traînées en un endroit précis pour les ériger en monument. Et on l'ignorera toujours. Dans l'univers entier. Et à supposer qu'une invention, dans un millier d'années, nous permette de découvrir ces noms, même alors, moi, je les ignorerai. Je mourrai sans les connaître, de même que Constantin Huygens est mort sans savoir qu'il nous serait possible un jour de voir depuis La Haye rebelles et soldats s'entre-tuer à Saint-Domingue, de même que Jules César n'a jamais su que l'Amérique existait. Les Aztèques sacrifiaient tous les soirs un être humain car ils croyaient qu'autrement le soleil ne se lèverait pas le lendemain. De toute éternité, ils ont agi ainsi, de même que nous, tous les soirs, nous remontons notre réveil. Jamais l'un deux n'aurait pris le risque de voir ce qui se serait passé si, pour s'assurer que le soleil ne se lèverait effectivement plus, on avait omis une seule fois d'acomplir ce rituel.
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Y a-t-il jamais eu un Aztèque pour dire :
- Mais c'est aberrant ce qu'on fait là !
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Qui osera croire qu'il est possible, dans un monde où tant de personnes ont pu être immolées pour rien, d'en immoler ne serait-ce qu'une autre et que cela ait un sens ?"
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Extrait de Ne plus jamais dormir de Willem Frederik Hermans (1966, traduit du Néerlandais par Daniel Cunin, Gallimard, 2009), pp. 173-175.
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Photo de l'écrivain ci-dessus (Chris van Houts, Amsterdam)
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samedi 28 novembre 2009

Sortons !

Luigi Russolo (à gauche) et Ugo Piatti avec leurs machines sonores, les Intonarumori ("joueurs de bruits").
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"Chaque son porte en soi un noyau de sensations déjà connues et usées qui prédispose l'auditeur à l'ennui, malgré les efforts des musiciens novateurs. Nous avons tous aimé et goûté les harmonies des grands maîtres. Beethoven et Wagner ont délicieusement secoué notre coeur durant bien des années. Nous en sommes rassasiés. C'EST POURQUOI NOUS PRENONS INFINIMENT PLUS DE PLAISIR A COMBINER IDEALEMENT DES BRUITS DE TRAMWAYS, D'AUTOS, DE VOITURES ET DE FOULES CRIARDES QU'A ECOUTER ENCORE, PAR EXEMPLE, l'"HEROIQUE" OU LA "PASTORALE".
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Nous ne pouvons guère considérer l'énorme mobilisation de forces que représente un orchestre moderne sans constater ses piteux résultats acoustiques. Y a-t-il quelque chose de plus ridicule au monde que vingt hommes qui s'acharnent à redoubler le miaulement plaintif d'un violon? Ces franches déclarations feront bondir tous les maniaques de musique, ce qui réveillera un peu l'atmosphère somnolente des salles de concerts. Entrons-y ensemble, voulez-vous ? Entrons dans l'un de ces hôpitaux de sons anémiés. Tenez : la première mesure vous coule dans l'oreille l'ennui du déjà entendu et vous donne un avant-goût de l'ennui qui coulera de la mesure suivante. Nous sirotons ainsi, de mesure en mesure, deux ou trois qualités d'ennui en attendant toujours la sensation extraordinaire qui ne viendra jamais. Nous voyons en attendant s'opérer autour de nous un mélange écoeurant formé par la monotonie des sensations et par la pâmoison stupide et religieuse des auditeurs, ivres de savourer pour la millième fois, avec la patience d'un bouddhiste, une extase élégante et à la mode. Pouah ! Sortons vite, car je ne puis guère réprimer trop longtemps mon désir fou de créer enfin une véritable réalité musicale en distribuant à droite et à gauche de belles gifles sonores, enjambant et culbutant violons et pianos, contrebasses et orgues gémissantes ! Sortons !
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D'aucuns objecteront que le bruit est nécessairement déplaisant à l'oreille. Objections futiles que je crois oiseux de réfuter en dénombrant tous ]es bruits délicats qui donnent d'agréables sensations. Pour vous convaincre de la variété surprenante des bruits, je vous citerai le tonnerre, le vent, les cascades, les fleuves, les ruisseaux, les feuilles, le trot d'un cheval qui s'éloigne, les sursauts d'un chariot sur le pavé, la respiration solennelle et blanche d'une ville nocturne, tous les bruits que font les félins et les animaux domestiques et tous ceux que la bouche de l'homme peut faire sans parler ni chanter.
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Traversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives que les yeux, et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les glouglous d'eau, d'air et de gaz dans les tuyaux métalliques, les borborygmes et les râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation des soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les bonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement des drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses des magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des forges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer souterrains."
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Extrait de L'Art des bruits. Manifeste futuriste 1913 de Luigi Russolo (édité en français aux éditions Allia, 2006, pp. 15-19).
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jeudi 26 novembre 2009

Etude révolutionnaire


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L'étude op. 10 no. 12 en ut mineur, dite "La révolutionnaire", aurait été composée par Chopin au début des années 1830 suite à l'invasion de Varsovie par les Russes. Sviatoslav Richter attaque!

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lundi 23 novembre 2009

Anniversaire

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Ce blog a aujourd'hui un an ! Grâce à un petit effort (presque) quotidien, 145 posts ont été écrits, des rencontres et de nombreux projets sont en cours. Un grand merci aux lecteurs, à mes pourvoyeurs de "coups de coeur" et surtout à ma chère et tendre qui n'économise pas ses efforts pour vérifier la correction orthographique des billets.
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En guise de "cadeau", le téléchargement libre et la lecture d'une collection d'essais éditée par Mattin et Anthony Iles sont vivement recommandés. Noise & Capitalism (publié par Arteleku) comprend des textes de Mattin, de Bruce Russell (du groupe The Dead C), de Ray Brassier (philosophe notamment traducteur d'Alain Badiou en anglais) ou encore d'Edwin Prevost (un des fondateurs d'Amm).
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Voici la présentation du livre :
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"Noise’ not only designates the no-man’s-land between electro-acoustic investigation, free improvisation, avant-garde experiment, and sound art; more interestingly, it refers to anomalous zones of interference between genres: between post-punk and free jazz; between musique concrète and folk; between stochastic composition and art brut. – Ray Brassier
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This book, Noise & Capitalism, is a tool for understanding the situation we are living through, the way our practices and our subjectivities are determined by capitalism. It explores contemporary alienation in order to discover whether the practices of improvisation and noise contain or can produce emancipatory moments and how these practices point towards social relations which can extend these moments.

If the conditions in which we produce our music affects our playing then let's try to feel through them, understand them as much as possible and, then, change these conditions.

If our senses are appropriated by capitalism and put to work in an ‘attention economy’, let's, then, reappropriate our senses, our capacity to feel, our receptive powers; let's start the war at the membrane!

Alienated language is noise, but noise contains possibilities that may, who knows, be more affective than discursive, more enigmatic than dogmatic.

Noise and improvisation are practices of risk, a ‘going fragile’. Yet these risks imply a social responsibility that could take us beyond ‘phoney freedom’ and into unities of differing.

We find ourselves poised between vicariously florid academic criticism, overspecialised niche markets and basements full of anti-intellectual escapists. There is, afterall, 'a Franco, Churchill, Roosevelt, inside all of us...' yet this book is written neither by chiefs nor generals.
Here non-appointed practitioners, who are not yet disinterested, autotheorise ways of thinking through the contemporary conditions for making difficult music and opening up to the willfully perverse satisfactions of the auricular drives."

En guise d'illustration, le groupe noise chinois Torturing Nurse (dont un morceau est sélectionné sur la fabuleuse compilation 1992-2008 An Anthology of Chines Experimental Music, Sub Rosa et dont l'ami Young Girls a sorti récemment une K7).

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vendredi 20 novembre 2009

Maîtres Fous 15

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J'ai l'honneur de constater la publication d'une sélection d'albums rédigée par mes soins dans le numéro de décembre de la revue anglaise The Wire (no. 310). Cette liste reprend des excellents disques parus les derniers mois dans des genres divers : électronique, improvisation, noise... Bonne écoute !
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vendredi 13 novembre 2009

Continuo

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Les amateurs de musique rare et précieuse ne pourront être qu'enthousiasmés par le Continuo's weblog. Si l'iconographie et la présentation des disques, K7 et concerts en téléchargement y sont irréprochables, le plus important réside dans le choix des albums sélectionnés : sound art, field recording, poésie sonore, musique concrète... Des noms connus (Dali, Niblock, Messiaen), mais aussi d'autres plus obscurs qui se révèlent vite tout aussi indispensables. Bonne chasse ! (en première illustration, un des éléments du livret du premier album de Voice Crack)
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mercredi 11 novembre 2009

Sons relaxants pour bébé

Raymond Scott en 1955 avec son invention le Clavivox.
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Les musiques de Steve Reich et de Charlemagne Palestine (par exemple) correspondent-elles à des besoins plus essentiels que d'autres plus "complexes"? C'est ce que pourrait laisser entendre un livret rédigé en 1964 par le Gesell Institute of Child Development pour accompagner les trois volumes de Soothing Sounds for Baby (de 1 à 6, de 6 à 12 et de 12 à 18 mois) de Raymond Scott. Les mélodies naïves de ce pionnier de la musique électronique (voir également l'excellente compilation Manhattan Research Inc.) ont été rassemblées afin de former "An indispensable aid to mother during the feeding, teething, play, sleep and fretful periods. An infant's friend in sound."
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Dans le feuillet en question, on peut lire : "We still know relatively little about the kinds of sounds best suited to the infant under six months of age. But we do know that most like monotony and repetition. The old-time household provided more of the kinds of sounds which suit a little baby best than do many of our households today.
The grandfather clock with its dependably regular loud tick is no longer available in most homes. But the steady click of a typewriter can be extremely soothing to a tiny infant. The rhythmic tinkle of a music box can also be quieting. A ticking watch held close to his ear will often catch a baby's attention, and quiet him.
We believe that small babies respond better to high tones than to low. And above all, in sound as well as in other areas, they like something which continues uninterruptedly. If they like it to go on and on."
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dimanche 8 novembre 2009

Epiphonie #2

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Le second concert de l'asbl Epiphonie a lieu ce lundi 9 novembre. Ouverture des portes à 20h, concerts à 20h30, P.A.F. 6€.
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À l'affiche :
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Jack Rose (US), Glenn Jones (US) et Cian Nugent (Irl)

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Après avoir collaboré au groupe de musique expérimentale Pelt, Jack Rose a réalisé ses classes tardivement dans les matières du fingerpicking, ce qui ne l’empêche pas de se hisser facilement à la hauteur des plus grands du domaine que sont Robbie Basho, Sandy Bull, ou John Fahey . S’il trouve lui aussi ses racines dans le blues, il n’oublie pas le rock’n’roll dans l’attitude, et pousse son instrument au delà de ses frontières habituelles, mélangeant l’americana aux styles indiens (ragas), en jouant sur les accordages et les tonalités orientales, résultant en une richesse du timbre exceptionnelle, portée par les longues spirales d’accords étranges et d’harmonies inattendues qui envahiront la nef de la chapelle dans ses moindres recoins.
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Un
site, un myspace, une version live de Kensington Blues...
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Des vagues battant une grève de tout temps, un enfant et un phoenix, six cordes, douze cordes, les ragas indiens... C’est dans cet espace qu’évolue Glenn Jones, ami de longue date du légendaire John Fahey (grand découvreur et passeur de musique populaire américaine), avec qui il a par ailleurs collaboré. Après de longues années à tourner avec le mythique groupe de post-rock Cul de Sac, il se tourne vers l’aventure de la guitare acoustique solo. Influencé par le blues primordialement, il s’échappe vers les grands espaces, et des territoires plus aventureux dans la déconstruction, sans jamais perdre de vue l’aspect mélodique qu’il rend hypnotique sur de longues pièces.
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Par ici : Le
site officiel, le myspace, une version live de David and the Phoenix
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Cian Nugent est un jeune Dublinois explorant les possibilités de la guitare. Marchant sur les pas de ses aînés, il ne cède jamais à la facilité ni ne perd de sa personnalité. Au contraire, il fait oublier la complexité de son jeu en plaçant de subtiles mélodies simplement superbes. Il a sorti dernièrement un premier album sur le label belge audioMER.
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Le
myspace, un extrait de When the Snow Melts and Floats Downstream
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Ci-dessus, de haut en bas, Jack Rose (aux Instants Chavirés), Glenn Jones (leftofthedial) et Cian Nugent (par Vera Marmelo).
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vendredi 6 novembre 2009

Silence, couleurs du prisme...

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Daniel Caux est un des passeurs de musiques français les plus importants de la seconde moitié du 20e siècle. Emissions de radio, organisation de concerts, essais et articles, il aura tout fait pour mettre en avant les sons les plus intéressants de son époque : musique expérimentale, minimalisme, free jazz... Parmi ses hauts faits, il programme en 1970 Albert Ayler (ci-dessus), le Sun Ra Arkestra et Terry Riley aux fameuses Nuits de la Fondation Maeght. Il est le premier à faire venir en France des artistes mythiques tels que La Monte Young, Steve Reich... Il a également participé à la création du label Shandar.
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Un superbe ouvrage regroupant ses meilleurs écrits (publiés d'abord dans L'art vivant, Art Press, Le Monde...) vient d'être publié aux Editions de l'éclat : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe. On peut y lire des entretiens avec John Cage, Sun Ra, Moondog, Léon Theremin, Philip Glass... Des textes fins qui donnent envie d'écouter traitent d'artistes aussi divers que Charlemagne Palestine, Cornelius Cardew, Arvo Pärt, Milford Graves, Harry Partch, Luc Ferrari... Cette anthologie offre ainsi une vision unique, aventureuse et généreuse, des arts sonores du siècle passé.
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L'intégralité du label Shandar est essentielle. Ci-dessous, quelques titre à privilégier :
. Cecil Taylor, Nuits de la Fondation Maeght, 1969.
. Albert Ayler, Nuits de la Fondation Maeght, 1970.
. Steve Reich, Four Organs / Phase Patterns, 1971.
. Terry Riley, Persian Surgery Dervishes, 1972.
. La Monte Young & Marian Zazeela, Dream House 78'17'', 1974.
. Charlemagne Palestine, Strumming Music, 1974.
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mercredi 4 novembre 2009

Déguisement et chocolats

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C'est suite à une visite récente sur le blog de Steve Roden que j'ai l'idée de chercher des photographies de personnes déguisées dans l'immense base de données des collections du Musée d'Orsay. Beaucoup de résultats bien sûr. Très vite, je me rends compte que de nombreux clichés concernent la famille Menier au début du 20e siècle. Cette lignée française est bien connue puisqu'au début du 19e siècle, Jean-Antoine-Brutus Menier a inventé la tablette de chocolat. Plusieurs générations ont dominé le marché dans ce domaine jusqu'au 20e siècle. Etaient-ils déguisés tous les jours ?
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Bon voyage quand même

Rue des Archives/PVDE
L'anthropologue Claude Lévi-Strauss en Amazonie au Brésil.
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"Je hais les voyages et les explorateurs."
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1908-2009
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lundi 2 novembre 2009

Pop'eclectic

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Un petit travail en cours sur le compositeur électroacoustique Bernard Parmegiani me fait découvrir les recoins d'une oeuvre fascinante et extrêmement originale. Personnalité majeure du Groupe de recherches musicales depuis les années 1960, il est souvent évoqué comme influence par de nombreux musiciens électroniques. Certaines de ses pièces démontrent que musiques concrète, électroacoustique (...) ne sont pas uniquement affaires de laborantins et qu'elles peuvent communiquer joie et énergie à l'auditeur. C'est ainsi que des pièces comme Pop'eclectic (1968) et Du pop à l'âne (1969) préfigurent les entreprises les plus audacieuses en matière de sampling. On y entend pêle-mêle des extraits du Sacre du Printemps de Stravinsky, du Messiaen, mais aussi The Doors (le début de When the Music's over : choisi non sans ironie...), Pink Floyd et quantité d'autres. Tous ces éléments entrent en collision avec d'autres sons pour former des ensembles qui pourraient être qualifiés de psychédéliques si ce terme ne désservait pas une entreprise aussi subtile et savante qu'humoristique et jubilatoire. L'oeuvre musicale de Bernard Parmegiani a été publiée dans un très beau coffret de 12 CD par l'INA.
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dimanche 1 novembre 2009

Basshaters

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Ce soir, 20/21.00, à 12, rue Poyoux-Sarts, 4500 Huy, Improvisation et noise avec le duo californien Basshaters et le trio norvégien Skasm.
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Basshaters (San Francisco)
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Basshaters is a duo utilizing double bass, drum set, and electronics to integrate acoustic free improv and electronic noise, two genres thriving in the San Francisco Bay Area. They use extended techniques to activate their large resonant instruments. Striving to match the fluidity of their acoustic music, electronics expand the timbral and dynamic options to new extremes. The duo seeks directness and intensity in execution; subtleties emerge from the bold statement of simple ideas.
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In addition to Basshaters, Dryer & Heule have released an album on Creative Sources with clarinetist Jacob Lindsay. They have a trio CD with saxophonist Jack Wright, and have performed live with diverse musicians such as Michel Doneda, C Spencer Yeh, Gino Robair, and Damon Smith. Dryer has toured with the Flying Luttenbachers and Usurp Synapse; Heule remains active with his brutal improv duo Ettrick.
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Skasm (Oslo)
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Skasm combines the qualities of acoustic and electronic sounds into a whole. Two electric guitars with a range from noisy sounds and feedback to pure tones, voice processed or pure scream, acoustic bass rumbling in low frequencies or high pitched frenetic chaos.
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Skasm builds the music from fractions or layers, in opposition to each other or built as a unison movement. Sometimes hazardous, sometimes most careful, but always with a focus on the present. Always open. The main focus is to keep looking for new meetings and new ways of building or maintaining whatever stream of music they have found.
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Skasm is based around the guitar and double bass duo of Haavard Skaset and Guro Skumsnes Moe. For this tour Harald Fetveit (guitar) will complete the trio. During the last four years they have toured Norway, the rest of Europe, and the US with bands like Art Directors, Peninsula Project, Bay/Oslo Mirror Trio, and Bak-truppen.
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Haavard Skaset, guitar
Guro Skumsnes Moe, double bass, voice
Harald Fetveit, guitar (November only)
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http://www.myspace.com/skasmpage
http://www.myspace.com/gurosmoe
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mercredi 28 octobre 2009

Grenouilles et maisons vides

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Dessin par Li Jun-Yang 李俊陽
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Yannick Dauby a suivi un cursus de musicologie et d'ethnomusicologie dans le Sud de la France avant de se consacrer à l'étude et à la pratique du field recording. Parfois associés à de subtiles interventions électroniques comme sur Février (Cherrymusic, 2006), ses enregistrements sonores de l'environnement s'intéressent prioritairement aux espaces naturels, aux chants et cris d'animaux et aux interactions de ces derniers avec les humains. Il a créé le label Kalerne sur le site duquel on trouve, outre des disques, une riche documentation assortie d'extraits audio sur l'essence de la "phonographie" (terme utilisé par le capteur de son pour désigner sa pratique), sur les liens entre art sonore, paysage et anthropologie...
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Un intérêt privilégié pour l'Asie a amené Yannick Dauby à y travailler à de nombreuses reprises. Le résultat de ses investigations est écoutable et visible sur deux récentes et splendides réalisations. Songs of the Frogs of Taïwan vol. 1 (Kalerne, 2009) présente, comme son nom l'indique, le chant de 32 espèces de grenouilles vivant sur l'île de Taïwan. Comme le précise le livret magnifiquement illustré (voir le dessin ci-dessus), ce sont bien des chansons d'amour (que le mâle émet pour attirer la femelle) que l'auditeur a ici la chance de découvrir. Délicatesse et variété marquent ces captations d'un monde amphibien méconnu qu'on aurait tort de négliger. On pense bien évidemment au classique Sounds of North American Frogs (Folkways, 1958).
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Le très beau livre Village, Vestiges (Shejingren, 2009), issu d'une collaboration avec Wan-Shuen Tsai, montre des photographies de maisons vides d'un village d'Auvergne et d'habitations traditionnelles (construites avec des blocs de coraux) abandonnées de l'archipel de Peng-Hu à Taïwan. Ces espaces désertés communiquent une certaine idée de la mémoire, mélancolique et désolée. Ce travail sur le souvenir et l'instantanéité que rendent avec tellement de justesse les images est avantageusement complété par un CD incluant des sons de la localité auvergnate et, surtout, du vent de Peng-Hu en hiver. Là, quelque chose se passe, l'émotion naît grâce à une démarche artistique à la frontière entre divers domaines : sound art, microhistoire, documentaire et poésie.
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lundi 26 octobre 2009

Densités

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Retour plus qu'enthousiaste de la 16ème édition du Festival Densités à Fresnes-en-Woëvre en Lorraine. Situé non loin de Verdun, ce village perdu dans la campagne reçoit chaque année durant trois jours nombre d'artistes aux expressions variées, ayant en commun une volonté d'aller de l'avant et de proposer des oeuvres originales et stimulantes. Musique improvisée, noise, poésie sonore, danse... Divers genres s'alternent et laissent peu de répit au spectateur, bien heureux de multiplier les expériences dans un cadre agréable (l'organisation est parfaite et l'accueil charmant).
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Pas mal de révélations... Une des plus fortes est sans aucun doute la performance de Jason Lescalleet (tape, bandes, laptops et divers) et Greg Kelley (trompette) qui, entre manipulation de bandes, approche réductionniste de la trompette, field recording et noise brutale, ont créé un monde sonore unique, ritualisé et très poétique. Avec beaucoup d'énergie, la pianiste Sophie Agnel tire une myriade de sons de son piano à l'aide de différents objets, tandis que Jérôme Noetinger et Lionel Marchetti élaborent un flux de sons électroniques tournoyants. Cinétique et galvanisant. Le pianiste légendaire John Tilbury a engourdi et hypnotisé l'assistance en interprétant du Morton Feldman et ses propres compositions dédiées à l'univers de Samuel Beckett. Dans un registre (très) différent, le Jazkamer du Norvégien Lasse Marhaug a infligé à l'assistance une déflagration extrêmement jouissive, par les aérations et rebondissements offerts notamment par un batteur survolté.
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D'autres bons moments évidemment. On croisait également à l'affiche Phil Minton, Birgit Ulher et Heddy Boubaker, Barre Philipps, Burkhard Beins, Oren Ambarchi, Peter Brötzmann, Paal Nilssen-Love... A la fin du festival, des fantômes planaient, tandis que leurs visages apparaissaient sur les murs. On y retourne l'année prochaine.
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mercredi 21 octobre 2009

Walden

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"Depuis 1950, je tiens un journal filmé. Je me promène avec ma Bolex en réagissant à la réalité immédiate : situations, amis, New York, saisons. Certains jours je filme dix images, d'autres dix secondes, d'autres encore dix minutes, ou bien je ne filme rien... WALDEN contient le matériel tourné entre 1964 à 1968 monté dans l'ordre chronologique." - Jonas Mekas
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Malavida Films a eu l'excellente idée de rééditer Walden - Diaries, Notes & Sketches de Jonas Mekas. Ce chef d'oeuvre du cinéma expérimental qui est aussi le parangon du journal intime filmé constitue bien plus qu'une entreprise nombriliste. S'y dessinent non seulement le portrait d'un milieu et d'une époque, la contre-culture new-yorkaise des années 1960 (parmi des dizaines de scènes, parfois dérisoires, on y voit une manifestation, la Factory d'Andy Warhol, un concert du Velvet Underground ou encore Tony Conrad devant son appartement), mais aussi une réflexion lyrique et mélancolique sur le temps qui passe, le souvenir... Ce "Ciné-Journal", que Mekas continue à élaborer de nos jours, est marqué par une grande liberté formelle, aussi bien au niveau du montage, des mouvements de caméra que du contenu de la bande-son.
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Pour les curieux, l'entièreté du film est visible sur le meilleur site web du monde Ubuweb.
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lundi 19 octobre 2009

Le brave soldat Chvéïk

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"Sérieusement, je ne comprendrai jamais pourquoi les fous se fâchent d'être si bien placés. c'est une maison où on peut se promener tout nu, hurler comme un chacal, être furieux à discrétion et mordre autant qu'on veut et tout ce qu'on veut. Si on osait se conduire comme ça dans la rue, tout le monde serait affolé, mais, là-bas, rien de plus naturel. Il y a là-dedans une telle liberté que les socialistes n'ont jamais osé rêver rien d'aussi beau. On peut s'y faire passer pour le Bon Dieu, pour la Sainte Vierge, pour le pape ou pour le roi d'Angleterre, ou bien pour un empereur quelconque, ou encore pour saint Venceslas. Tout de même, le type qui la faisait à la saint Vencesias traînait tout le temps, nu et gigotant, au cabanon. Il y avait là aussi un type qui criait tout le temps qu'il était archevêque, mais celui-là ne faisait que bouffer et, sauf votre respect, encore quelque chose, vous savez bien à quoi ça peut rimer, et tout ça sans se gêner. Il y en avait un autre qui se faisait passer pour saint Cyrille et saint Méthode à la fois, pour avoir droit à deux portions à chaque repas. Un autre monsieur prétendait être enceint, et il invitait tout le monde à venir au baptême. Parmi les gens enfermés il y avait beaucoup de joueurs d'échecs, des politiciens, des pêcheurs à la ligne et des scouts, des philatélistes, des photographes et des peintres. Un autre client s'y est fait mettre à cause de vieux pots qu'il voulait appeler urnes funéraires. Il y avait aussi un type qui ne quittait pas la camisole de force qu'on lui passait pour l'empêcher de calculer la fin du monde. J'y ai rencontré d'autre part plusieurs professeurs. L'un qui me suivait partout et m'expliquait que le berceau des tziganes se trouve dans les monts des Géants, et un autre qui faisait tous ses efforts pour me persuader qu'à l'intérieur du globe terrestre il y en avait encore un autre, un peu plus petit que celui qui lui servait d'enveloppe. Tout le monde était libre de dire ce qu'il avait envie de dire, tout ce qui lui passait par la tête. On se serait cru au Parlement. Très souvent, on s'y racontait des contes de fées et on finissait par se battre quand une princesse avait tourné mal. Le fou le plus dangereux que j'y aie connu, c'était un type qui se faisait passer pour le volume XVI du Dictionnaire Otto. Celui-là priait ses copains de l'ouvrir et de chercher ce que le dictionnaire disait au mot "Ouvrière en cartonnage", sans quoi il serait perdu. Et il n'y avait que la camisole de force qui le mettait à l'aise. Alors, il était content et disait que ce n'était pas trop tôt pour être mis enfin sous presse, et il exigeait une reliure moderne. Pour tout dire, on vivait là-bas comme au paradis. Vous pouvez faire du chahut, hurler, chanter, pleurer, bêler, mugir, sauter, prier le Bon Dieu, cabrioler, marcher à quatre pattes, marcher à cloche-pied, tourner comme la toupie, danser, galoper, rester accroupi toute la journée ou grimper aux murs. Personne ne vient vous déranger ou vous dire : "Ne faites pas ça, ce n'est pas convenable; n'avez-vous pas honte, et vous vous prétendez un homme instruit?" Il est vrai qu'il y a aussi là-dedans des fous silencieux. C'était le cas d'un inventeur très savant qui se fourrait tout le temps le doigt dans le nez et criait une fois par jour : "Je viens d'inventer l'électricité!" Comme je vous le dis, on y est très bien, et les quelques jours que j'ai passés dans l'asile de fous sont les plus beaux de ma vie."
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Extrait de l'hilarant Brave soldat Chvéïk du Tchèque Jaroslav Hašek (1883-1923) (Gallimard, Folio, pp. 69-71), publié en quatre tomes dont le dernier inachevé par l'auteur entre 1921 et 1923 (traduction française par Henry Horeujsi parue en 1932). Les images ci-dessus sont de la main du grand illustrateur tchèque Josef Lada, dont le travail pour les premières éditions du Soldat a définitivement marqué la réception de ce dernier.
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mardi 13 octobre 2009

Exposition universelle

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L'influence des musiques extra-occidentales sur le développement des sons modernes (de la musique japonaise sur John Cage, des ragas indiens sur les compositeurs minimalistes...) est bien connue. Dès la fin du 19e siècle, alors qu'ils ne sont pas encore diffusés dans nos régions et que l'ethnomusicologie n'en est encore qu'à ses balbutiements, ces genres exotiques vont émerveiller deux des compositeurs les plus importants de cette période charnière entre déclin du Romantisme et naissance de la Modernité : Claude Debussy et Erik Satie.
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Tous deux visitent l'Exposition Universelle de 1889 à Paris. C'est là qu'ils rencontrent une musique enchanteresse différant totalement des règles harmoniques et rythmiques auxquelles ils sont accoutumés. L'influence d'un orchestre de gamelan javanais sur l'art de Debussy a souvent été discutée (on voit ci-dessus un document issu des collections de la Bibliothèque historique de la ville de Paris montrant des danseuses javanaises présentes lors de cette foire). D'après la biographie d'Erik Satie (ci-dessus en 1909) par Anne Rey (Seuil, 1974 et 1995), ce dernier aurait eu un coup de foudre similaire.
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C'est un orchestre roumain qui le marque le plus. En 1889, dans Musiques pittoresques, Promenades musicales à l'Exposition de 1889, Julien Tiersot en écrit une description :
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"Les musiciens (...) se plaisent à ces mouvements lents qui se prêtent si bien à l'expression des sentiments contemplatifs et rêveurs qu'ils paraissent porter en eux. Souvent, le chant du violon ou de la flûte, soutenu par des accords mineurs prolongés, parfois très longtemps sans changer, a le caractère d'une improvisation très libre et à peine dessinée : il en résulte une impression vague et monotone, d'un charme berceur et captivant. (...) La tonalité est presque toujours mineure, ou du moins appartenant aux différentes variétés du mode mineur ; l'influence des gammes orientales, avec leurs intervalles augmentés très caractéristiques, s'y fait sentir ; ou bien ce sont des cadences bizarres, comme celle de telle mélodie majeure concluant au relatif mineur. (...) Quoi qu'il en soit, cela est délicat et plein de charme, surtout si l'on ne prolonge pas trop l'audition."
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Comme le relève Anne Rey, ce texte pourrait très bien servir à caractériser l'art de Satie qui, à cette époque, vient d'écrire les Gymnopédies et est en train de composer les Gnosiennes. Belle coïncidence... Contre une vision étriquée et ethnocentrique de la musique moderne...
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